Mobilisons-nous pour ceux qui en ont besoin

 

Un illettré est une personne fragile, vulnérable, dépendante.
En quinze ans de terrain j’ai pu observer à quel point l’illettrisme est un mal caché, passé sous silence. C’est un état dont on a honte. C’est le mal des humbles. Je pense toujours avec émotion à la Vie du père Foucault, dans « vies minuscules » le recueil de nouvelles de Pierre Michon, où un ancien ouvrier agricole illettré meurt oublié, sans trouver les mots … parce qu’il se sent indigne, dépassé.
La première conséquence de ce mal est une grande solitude. Qui peut s’imaginer le désarroi des parents incapables de comprendre le mot des professeurs dans les carnets de leurs enfants, la détresse, en cette période de crise, des nouveaux chômeurs qui peinent à retrouver un emploi parce qu’ils sont tout bonnement incapable de rédiger une lettre de motivation ou même de consulter les petites annonces, écrire un C.V. sur Internet.

9 % d’illettrés c’est 9 % d’exclus.

Qu’est ce que cela nous dit ? Que toute une partie de la population vit sur la brèche, qu’elle souffre silencieusement, que le monde tourne à côté d’eux, mais sans eux. Outre ces millions de souffrances individuelles, l’illettrisme est un terrible mal social, dont l’enjeu pour la démocratie est capital.
9 % d’illettrés, c’est presque une personne sur dix qui ne peut pas participer en toute connaissance de cause au débat politique, qui ne peut pas voter en toute indépendance, qui ne peut pas s’engager dans la vie associative, qui ne peut pas prendre une


part active à la société civile. 9 % d’illettrés c’est 9 % d’exclus.
Le fantastique développement de l’internet comme instrument, désormais incontournable, de connaissance et de contacts, donne à l’illettrisme un nouveau visage : l’illectronisme. L’Internet est devenu le support de nouvelles formes d’expressions, le support de réseaux collectifs inédits, de nouveaux services et de nouveaux modèles économiques ; il est devenu le module n° 1 pour la recherche d’un bien, d’un logement, d’un emploi. C’est pour la société dans son ensemble une formidable opportunité. Mais l’Internet, le Web et le multimédia ont augmenté la somme de savoir-faire préalable à leur utilisation. Une nouvelle brèche est apparue ces dernières années, une faille sociale supplémentaire : la fracture numérique. Nouvelles communications, nouvelles formes de l’exclusion. Les illettrés n’ont pas accès à Internet. Tel est l’illettrisme aujourd’hui. L’illettrisme n’est pas une fatalité. Des solutions existent. Des moyens, ici et là, ont été mis en œuvre. Il en faudrait dix fois plus. Les bonnes volontés individuelles, le bénévolat, les initiatives municipales ne suffisent pas. Seule une politique déterminée, au niveau de l’Etat et de la nation toute entière, appuyée par la collectivité nationale, peut venir à bout de ce fléau. Il est possible, si l’Etat et les pouvoirs publics se mobilisent, si l’opinion publique, en amont, fait pression en ce sens, de remonter le temps de l’apprentissage, de retrouver le chemin perdu du savoir lire, écrire, compter, pour trois millions de nos concitoyens. Les ressources sont là, il faut les mobiliser.