Jules Ferry, réveille – toi, ils sont 3 millions dehors !

Les illettrés sont trois millions en France.
Contrairement à une idée reçue, ce sont majoritairement des français et non des immigrés. Ils sont invisibles. Rien ou presque n’est fait pour eux. Rien, en dehors de rares centres, ici ou là, n’existe au niveau national, ni régional, ni même local. Quelques villes, quelques mairies, quelques rares entreprises, quelques associations, quelques bénévoles …
Comme il n’y a aucune structure d’accueil ou presque, les assistantes sociales, les guichetiers à la Poste, le personnel des Pôles emplois ou des Restos du cœur, qui repèrent des malheureux en situation d’illettrisme, ne savent que faire ni vers qui les orienter.
Le continent des illettrés est une sorte de gigantesque « Atlantide » silencieuse.


Quelques voix isolées, quelques bonnes volontés, y compris à haut niveau, ont bien tenté d’alerter l’opinion depuis quinze ans. En vain.
Faute de vraie prise de conscience et de volonté collective des Français (la mauvaise conscience fait qu’on ne tient pas vraiment à voir ce drame de masse), faute, en conséquence, de volonté des pouvoirs publics, trop heureux, en ces temps difficiles, de n’avoir pas un nouveau poste dépensier, rien n’a été très concrètement fait, alors même que le phénomène est parfaitement identifié, et même quantifié, depuis plusieurs années.Telle est la situation. Elle est d’autant moins perçue que les intéressés eux-mêmes ne se montrent pas, ne réclament rien, tendent à se rendre invisibles, cachent leur handicap comme une maladie honteuse.

Pas d’empêcheur de tourner en rond, pas d’abbé Pierre ni de Coluche.

 

Aucune pression n’est exercée sur l’opinion, encore moins sur les pouvoirs publics. Quelques appels isolés, mais pas de porte-parole connu, de parrain médiatique, pas d’empêcheur de tourner en rond, pas d’abbé Pierre ni de Coluche.
 
Que disent ces laissés pour compte de la société, ces naufragés, sur leur chemin vers nulle part ?
Que rien n’est fait pour eux. Qu’il n’y a, quand on est illettré, nulle porte bien identifiée où frapper. Pas d’équivalent des Pôles Emplois, des Restos du Cœur, des Alcooliques anonymes, des foyers d’hébergement et des hospices de nuit pour les sans-abris,


du Samu social ou de Médecins du monde pour les marginaux.
Pas de RMI ou de RSA spécifiques pour illettrés. Pas de lieux propres, d’écoles, de cours du soir, dédiés au problème, d’adresses connues. Pas de Numéros verts accessibles et gratuits.
 
Quand on tombe par exception sur un lieu d’accueil et de formation pour illettrés, pas de manuels, pas de matériel pédagogique appropriés, pas de formateurs dûment spécialisés dans l’illettrisme, pas de vrais rééducateurs; juste des volontaires isolés, munis de leur seule bonne volonté, instituteurs retraités, d’anciens illettrés, agissant avec les moyens du bord.
Telle est, à quelques nuances près, la situation.